13.09.2008

Gamblers

Deux séducteurs, deux crânes rasés, deux tatoués, deux esprits vifs et brillants, deux amants parfaits.
Le même âge à deux mois près, les mêmes morceaux d’AC/DC en play-list, ça me fait craquer. Le même stock conséquent de préservatifs et de lubrifiant à portée de regard à côté du lit, le même miroir au pied. La même réserve de brosses à dents neuves pour les invitées, ainsi qu’une serviette de toilette et un peignoir propres à disposition. Des cotons, du démaquillant. Les deux séducteurs sont très prévoyants. Sans enfants, célibataires forcés mais pas forcenés, ils ont beaucoup vu, connaissent parfaitement les femmes et errent de plans culs en aventures, dans l’espoir de rencontrer enfin, celle qui sera digne de partager leur vie.

C’était assez troublant, à quelques semaines d’intervalle, de passer une nuit chez deux hommes aussi comparables et pourtant tellement différents.

Alors que le premier étalait ses expériences et se vantait d’avoir même du produit à lentilles pour les plus étourdies, le second n’a strictement rien dit en sortant une nouvelle brosse à dents du blister, alors que la sienne est électrique.
Le premier voulait m’impressionner, le second savait que je savais.
Le premier m’a fait passer un véritable entretien de débauche à l’embauche (ou l’inverse), le second ne m’a posé aucune question personnelle.
Le Séducteur croyait que j’étais une maman qui aime se faire peur en jouant la putain, l’Insouciant a compris sans un mot que j’étais une joueuse invétérée et ruinée.
Pour ça, il m’a respectée.
Entre joueurs, on se reconnaît.
Ensuite, j’ai pu lui parler.
Enfin, c’est surtout lui qui a parlé.