16.10.2008
La distraite
Il y a des choses que je ne vois pas.
Pendant mes années de mariage, je me souviens de quelques personnes qui me disaient d’un air embêté : « quand je parle à ton mari, je ne sais pas quel œil regarder ». J’en étais toujours surprise car je ne m’étais jamais posé la question.
En y réfléchissant et tout à fait objectivement, mon mari avait un strabisme divergent assez important mais je ne le voyais pas, sauf quand on m’en faisait la remarque. Je ne le voyais tellement pas que je ne me souviens pas lui avoir jamais demandé s’il avait envisagé de se faire opérer, s’il voyait correctement ou toute autre question relative à ses yeux. En dix ans, je crois bien qu’on n’en a jamais parlé. Ce strabisme faisait partie de lui et je n’y voyais rien de remarquable.
Avec l’Insouciant, c’est une réflexion de ma fille qui m’a ouvert les yeux.
Nous avions passé une soirée tripot comme c’est souvent le cas, le samedi soir chez moi et on s’était franchement marrés, bien que l’Insouciant nous ait tous explosés au Hold’em.
Le lendemain au petit déj’, debriefing de la progéniture sur le nouveau venu. L’avis des enfants sur les amoureux de maman est toujours un moment redoutable, mais je dois avouer qu’ils sont souvent pertinents et par le passé, j’aurais mieux fait de les écouter plus souvent.
Mon fils a immédiatement adopté l’Insouciant parce qu’il a vu en lui un partenaire de jeu à la hauteur et à disposition. Ma fille, girly oblige, l’a trouvé vachement beau et a rajouté : - Comme ça, si vous faites des bébés, on aura des petits métis, c’est super mignon, surtout les petites filles.
Je vous passe les détails de la suite, c’est une conversation récurrente entre ma fille et moi où il est question de l’opportunité ou non de noyer les bébés mâles à la naissance, car là n’est pas le sujet.
Il y avait dans sa phrase un mot qui m’avait frappée : métis.
Et là, je me suis dit : - Tiens, c’est vrai, l’Insouciant est noir.
Pas très foncé, certes, mais noir quand même.
Plus tard, quand je lui ai raconté l’anecdote, il s’est marré car il avait bien vu que je n’avais rien remarqué, il se demandait justement quand j’allais m’en apercevoir.
Ben voilà, ça m’avait totalement échappé.
Ce que je peux être distraite, tout de même.

(Le premier qui dit qu’on me reconnaît pas épilée en bas à droite a un gage, Eldiablo fais gaffe…)
18:59 Publié dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (50) | Envoyer cette note | Tags : pas le temps de rien


