06.11.2008
L'engagement rend con
Il y a beaucoup plus de variations de parcours chez les femmes mais chez les hommes qui ont passé la trentaine, ça fonctionne toujours pareil :
- une rupture à laquelle ils ne s’attendaient pas dans une relation qu’ils imaginaient durable sans trop se poser de questions;
- une remise en question violente : où j’ai merdé ?
- une réponse à cette question en incriminant le quotidien (ou le confort) et la dépendance (ou la fusion) et son corollaire : plus jamais ça.
- des mécanismes de protection et des croyances se mettent en place sur ces bases-là. Ils aboutissent toujours à une indépendance forcenée.
Ensuite, il y a ceux qui ne veulent plus jamais envisager une relation durable et ceux qui veulent mais qui ne peuvent pas, ils veulent, mais ça foire tout le temps. Ca foire, à cause des croyances qu’ils se sont forgées pour répondre à leur remise en question.
En fait, les blessures sentimentales inversent tout. Pour se protéger, on inverse sa propre nature. Quelqu’un de généreux et attentionné devient égoïste, un fonceur devient paralytique, un fantasque devient raisonnable, un amoureux devient sec, etc. et toutes ces belles qualités d’âme sont emmurées sous 3 mètres de béton. Après un échec amoureux, on bascule à l’opposé pour ne plus revivre ça. On prend point par point tout ce qui faisait notre couple et on décide de faire l’inverse. Alors qu’en fait, il faut faire pareil en s’améliorant. Il ne faut « enlever » des choses, il faut au contraire en « rajouter ». Mais ça, ils ne le savent pas.
Et c’est là où se pose la question de « l’engagement », notion éminemment masculine s’il en est.
Pour aimer, il faut accepter le risque que ça ne marche pas, accepter de souffrir encore une fois. On ne peut pas aimer sans risque, en prenant ton temps, par exemple, pour être bien certain de son choix. Ce n’est pas possible. Le temps tue l’amour, il faut toujours se battre contre.
Il faut aussi savoir s’abandonner. Dans abandonner, il y a donner. Savoir donner, savoir s’abandonner. Pour ça, il faut aussi savoir recevoir, il faut des barrières poreuses et pas une coulée de béton.
Or les hommes raisonnent en terme d’engagement. A la vie, à la mort. Ne plus jamais se planter. Ils ont peur. Et on n’y peut rien. Car ce n’est pas la nouvelle femme qui est regardée et acceptée telle qu’elle est, c’est une femme comparée aux autres. Ils ont besoin d’être certains. Il faudrait leur signer un contrat comme quoi on est la femme de leur nouvelle vie. C’est impossible. Alors ils pratiquent « l’attente ». Ils disent : « il faut laisser le temps aux choses ». Ils refusent tout projet commun et traînent des pieds pour laisser la femme pénétrer leur intimité (leurs enfants, leur famille, leurs amis, leurs loisirs). Ils pensent toujours « je ne suis pas prêt », « ce n’est pas le bon moment », « ce n’est pas la bonne personne », « j’ai trop de boulot », etc. Ils épient, guettent et comparent. Ils entretiennent le flou.
Et pourtant, quand on les interroge, ils se disent prêt à aimer. Mais ce n’est pas vrai. Ils vivent toujours avec leurs fantômes passés.
Combien d’hommes m’ont dit : « tu me touches beaucoup » ? Cette phrase me fait horreur. Combien d’hommes m’ont fait attendre un coup de fil, un signe de leur part, pour bien signifier leur indépendance ?
Et puis il y a des cas, rares, très rares, où l’homme n’agit pas comme un consommateur. Il y a des cas où il ne cherche pas à savoir si vous êtes la meilleure offre du marché, celle qui correspond le plus à ses attentes délirantes, si vous êtes la femme de sa vie ou la mère de ses enfants. Il y a des cas, où il ne se pose pas la question. C’est vous et c’est lui. Des cas où pénétrer l’intimité de l’autre se fait tout naturellement sans aucune réflexion préalable. Il n’y a pas d’attente, pas de questions, pas de formulation d’engagement, il y a des cas où on est juste là, à deux.
Par peur de la solitude, on a tendance à l’oublier. Par conditionnement, on croit devoir faire des concessions et tout supporter. Ce n’est pas vrai. Et je le dis aux mamans célibataires dont le sort est terrible car il leur faut trouver un homme qui accepte leur(s) enfant(s). Et combien d’hommes acceptent la femme mais pas la mère ? Ceux qui font cette différence sont de vastes connards. Une femme n’est pas morcelée, c’est un tout et si elle a des enfants, ils font partie intégrante de ce tout. Vous ne pouvez pas choisir qu’un bout, celui qui vous arrange.
J’ai écrit (mal) ce billet en pensant à Llilly. J’espère qu’elle ne le lira pas.
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