23.09.2008

Confession de l'Infidèle

« J’ai toujours aimé les femmes qui avaient un « grain » et celle-là, n’en avait pas qu’un. Le coup de foudre n’a pas été immédiat et à vrai dire, il n’y a jamais eu de coup de foudre. Mais bon, j’approche de la quarantaine et il serait temps que j’ai une femme rien qu’à moi. J’aime les femmes, j’aime leur sexe, j’aime les lécher, j’aime sentir leur cyprine et m’enfoncer dans leur vagin tout chaud. Je ne baise pas, je fais l’amour. C’est ce que j’aime.

 

Mais avec elle, ça ne marche pas. Pourtant, j’aime dormir avec elle. Pour la première fois, je me sens bien en dormant collé à une femme, nos corps parfaitement imbriqués, sans crampe, sans étouffer. Je me sens protégé et protecteur, je n’ai pas envie de m’éloigner pour chercher un coin de drap plus frais. Je me sens terriblement bien à ses côtés. Et pourtant, je n’arrive pas à la désirer, sexuellement. Impossible de bander. Sous ses caresses, ses mots doux, malgré sa compréhension et sa patience, malgré ses efforts, mon sexe reste désespérément mou. Je n’ai pas envie d’elle.

 

Ca doit être à cause de l’odeur.

 

Son hygiène corporelle est pourtant irréprochable, objectivement, elle ne sent pas mauvais. Elle fume beaucoup, mais je suis fumeur également, ça ne me dérange pas. D’ailleurs, je ne sais pas comment elle fait, avec tout ce qu’elle s’enfile comme tabac pour se tuer, elle ne pue pas de la gueule. Non, il s’agit d’une autre odeur qui l’entoure et qui me paralyse.

 

Elle a l’odeur de la dépression.

 

Ce n’est pas une découverte, elle m’avait prévenu. Quand on s’est rencontrés, elle m’avait dit : « je suis dépressive et alcoolique, mais je me soigne ». J’avais répondu : « soit, du moment que tu te soignes, ça ne me dérange pas ». In petto, j’avais rajouté « et du moment que tu m’emmerdes pas avec ta dépression, car les nanas névrosées, ça commence à bien faire, j’ai beau être psy dans la vie, j’ai pas envie d’être au boulot avec ma copine ». Et en effet, c’était vrai qu’elle se soignait. Elle faisait d’énormes efforts pour s’en sortir, des progrès fulgurants, auxquels j’ai assisté, impressionné par sa détermination.

 

Il n’empêche. Je n’arrive pas à bander pour elle, elle est vraiment trop glauque.

 

Au début, ça m’a excité son côté trash, mais ensuite, j’ai découvert avec quelle facilité, elle me perçait à jour. Et ça, c’est carrément angoissant. Je suis obligé de faire attention à tout ce que je dis sinon elle me sort des vérités que je n’ai pas envie d’entendre, alors que c’est moi le psy, bordel !

 

Heureusement, j’ai trouvé une solution pour la faire chier: je ne lui parle plus, je ne lui dis plus rien. Et ça marche ! Elle ne sait plus quoi penser. Elle pense que j’ai un problème de prostate et veut que j’aille voir un toubib, mais connasse ! c’est toi mon problème, c’est toi qui pues la mort !

 

D’un autre côté, j’ai pas envie de la larguer parce que son appart’ est bien pratique pour crécher quand je bosse à Paris. Et puis elle a accepté que j’aille coucher avec d’autres femmes pour voir si ça m’aiderait à bander. De toutes façons, elle est tellement paumée, qu’elle accepterait n’importe quoi, rien que pour me garder. J’étais assez fier de moi ce jour-là, c’est quand même fort d’obtenir ça, non ?

 

C’est vrai que ça fait des mois que je n’arrive même plus à me branler, elle a dû me contaminer avec toutes les horreurs qu’elle raconte.
Il faut quand même préciser qu’un jour, elle m’a offert un cadavre. C’est pas une blague !
Quelques temps avant, je lui avais offert un bouquin sur la dépression, pour l’aider et aussi un joli foulard avec des têtes de mort, je trouvais que ça lui correspondait bien, bref, je voulais lui faire plaisir, je suis un mec sympa. Et pour me remercier, un soir, quand j’arrive, elle me tend une boite avec un ruban. J’étais super content qu’elle me fasse un cadeau. J’ouvre la boite et là, j’ai failli tourner de l’œil : dedans, il y avait une souris morte depuis deux jours.
Putain le choc ! Et elle était pliée de rire, cette tarée !

 

Je crois que c’est peu de temps après que j’ai cessé de bander.

 

Bon, de toutes façons, c’est décidé, je la garde en attendant de trouver mieux. C’est con, quand même, parce que je me sens bien avec elle, elle n’est pas chiante, elle s’occupe de tout, mais une nana aussi glauque, c’est vraiment pas possible.

 

Sans parler de ses enfants ! Quelle plaie ! Déjà que j’ai horreur des enfants, mais alors les siens, ils sont aussi dégénérés que leur mère. Ca fera de bons clients pour plus tard.

 

Non, moi, ce que je veux, c’est une femme gaie, bien dans sa peau, marrante, avec de la lingerie en dentelle, sans enfants et sans désir d’enfants. Une femme sexy que je pourrais labourer lentement pendant des heures, une femme qui s’extasie à la lecture de mes poèmes érotiques, une femme qui aime me faire la cuisine et écouter de l’électro. Je veux une femme adulte, merde ! Je suis séduisant, drôle, intelligent, indépendant, il n’y a aucune raison que je ne trouve pas cette femme-là. »

 

* * *

 

Je me souviendrai encore longtemps avec quelle fierté et quel triomphe dans le regard, il m’a fait cette confession, le jour où j’ai découvert qu’il me trompait avec une ménopausée.