01.07.2009

Consommation durable

Bien évidemment, je ne suis pas bêtement contre la thérapie analytique.

 

J’ai été suivie pendant 3 ans par un psychiatre et un psychothérapeute au Centre Médico Psychiatrique (CMP) de mon quartier. Les six premiers mois, j’allais même prendre mes médocs là-bas tous les jours, en même temps que les patients de l’hôpital de jour. C’était bien, ça recadrait. Attendre avec des gens qui bavent ou qui se pissent dessus, ça recadre. Et puis l’équipe d’infirmier(e)s était vraiment bien. D’ailleurs, ils étaient tous formidables dans ce CMP, des vrais pros qui m’ont accueillie en mille morceaux et qui m’ont accompagnée sur le chemin de la guérison.

Ils m’ont réconciliée avec les charlatans que j’avais pu fréquenter auparavant, de ceux qui sont pas remboursés par la sécu parce que pour une thérapie il faut « payer », c’est Freud et Lacan qui l’ont dit. Là, au CMP, c’est entièrement gratuit, on donne même pas sa carte vitale. N’importe quel pauvre même sans CMU peut y aller. Evidemment, ils sélectionnent les patients et choisissent ceux qui en ont vraiment besoin. Exit les thérapies de « confort » pour les états d’âme de midinette. Au CMP, il n’y a que des malades.

 

D’un autre côté, dans le privé, on fait bien ce qu’on veut avec son argent. Certains le claquent en restos, d’autres en sorties, livres, plan culs, voyages, etc. d’autres chez le psy, j’ai rien à dire à ça.

 

Mais ce qui m’exaspère, c’est le diktat du Bien-Etre élevé au rang de norme, l’ultra-consommation de Bien-Etre onaniste à tous les étages (qui passe également par les soins pour la peau, les massages, les huiles essentielles, les spas, la relaxation, la réflexologie, les tisanes bios, etc.), ce terrorisme intellectuel qui stigmatise le moindre doute et la plus petite tristesse existentielle en maladie à soigner. Comme si, il n’était pas normal de souffrir en ce monde, de ne pas réussir à faire un deuil, de ne plus avoir de désir, plus d’énergie, plus d’envies. Comme si il n’était pas normal de rater, alors que c’est la réussite qui est rare.

Aujourd’hui, on peut tout s’acheter, on peut tout avoir avec de l’argent. Dans cette condition de l’offre gigantesque de course au bonheur, il est impensable, si l’on a l’argent, de ne pas être heureux. Les psys participent largement à cette vaste fumisterie, en faisant croire que la souffrance n’est pas un état « normal ». Alors que c’est la sérénité et la plénitude qui sont des états exceptionnels. Bref, les thérapie et analyse de « confort » pour bobos à l’âme en faisant la promesse du bien-être rendent les gens encore plus malheureux car on leur dit « c’est pas normal que tu souffres » et « c’est pas étonnant vu tes traumatismes de la petite enfance ». Car là est la beauté du foutage de gueule : on a tous des traumas. On ne peut donc que croire ces gens qui nous promettent des jours meilleurs.

 

Il y a donc les malades, qui ont besoin de la thérapie pour guérir et les autres qui s’offrent cette gâterie.

 

Comment savoir si on est malade ? C’est très simple : un état d’âme devient pathologique dès lors qu’il empêche d’avoir une vie sociale normale, c’est-à-dire, dès qu’on n’est plus capable de travailler ou d’avoir des relations sociales (amour, amitié) tant la souffrance prend le dessus.

 

Tout le reste, c’est de l’allégeance au capitalisme impérialiste galopant, de la soumission au marketing du « bien-être », du luxe et un passe-temps dont on pourra éventuellement se servir comme caution pour faire chier son entourage ou se faire plaindre.

Commentaires

Ouah... eh ben au moins là dessus on d'accord.
A se demander d'ailleurs pourquoi il n'existe pas des analystes spécialisés dans la non réussite professionnelle... Car comment vivre heureux aujourd'hui si on ne réussit pas professionnellement????

Ecrit par : alex12000 | 01.07.2009

combien de psy pour changer une ampoule ?

Ecrit par : soizic | 01.07.2009

ben voilà c'est plus clair comme ça :- )

rien à contredire pour une fois :- )))

Ecrit par : columbine | 01.07.2009

Merde! Si tout le monde est d'accord, ça craint!

Ecrit par : Next | 02.07.2009

Voilà, je n'arrivais pas à mettre un mot politiquement correct sur la masturbation intellectuelle: le Bien-Etre onaniste. Lié à ce besoin de débourser quelques pécunes pour se déculpabiliser et trouver une cause extérieure à nos maux. Mais je m'égare, je ne suis pas objectif et je ne peux qu'abonder en votre sens.

Ecrit par : John | 02.07.2009

Bienvenue lecteur discret!
Mais si tu es d'accord avec moi, je ne suis pas certaine de l'être avec toi.
L'argent dépensé ne sert pas à se déculpabiliser mais à objectiver la relation et cadrer le transfert éventuel. C'est comme avec une pute: tu paies, donc c'est pas de l'amour que tu reçois.
Quant aux causes, elles ne sont jamais extérieures, justement.
La plupart du temps, le résultat aboutit à un comportement où l'on n'est plus responsable de rien, en effet, mais ce n'est pas "a priori" le but recherché consciemment, c'est juste qu'à ce stade là il faudrait poursuivre l'analyse pour retrouver un juste milieu mais généralement on s'arrête en chemin, trop contents d'avoir de nouvelles clefs avec lesquelles jouer pour se protéger du monde extérieur.
Je ne suis pas contre le processus. Je remarque juste son caractère devenu obligatoire dans notre société et la pratique d'incompétents qui font jouer les gens avec le feu.
En gros, c'est comme si tu filais une formule 1 à quelqu'un qui n'a pas son permis: c'est hyper dangereux.

Ecrit par : Next | 02.07.2009

Je me suis mal exprimé: je comprends bien le but, mais ce n'est pas ce que tout le monde en fait. Comme je le disais je ne suis point objectif et j'ai l'exemple d'une personne qui n'allait chercher que les justifications professionnelles de ses propres besoins. Assez humain en somme. Le problème étant en face également: quand le professionnel ne se rend pas compte de ce que le patient est venu chercher.
Et cette personne a rejeté, sous pretexte d'insatisfaction, deux professionnels compétents du CMP ayant détécté après quelques rendez vous son but ultime . Elle a trouvé son bonheur dans le privé.

Ecrit par : John | 06.07.2009

Les psys du privé sont en effet des endroits de choix pour les personnalités manipulatrices, comme les histrioniques (ex hystériques). Cette "personne" a dû te rendre bien malheureux...

Ecrit par : Next | 06.07.2009

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