30.09.2008

Cervantes

 

" Il est dans la nature des femmes de dédaigner qui les aime et d'aimer qui les dédaigne".

 

Bon, d'un autre côté, je ne suis pas certaine que Cervantes soit le mieux placé pour débattre de la question amoureuse. Il n'empêche que j'aurais pu mettre cette phrase dans ma biographie.

 

 

25.09.2008

Prologue

« - Aujourd’hui, les hommes veulent des femmes comme-ceci, comme-cela.
- Ceux-là ne veulent pas aimer, ils veulent être satisfaits. »

Nous parlions des hommes, la plupart ou certains mais c’est valable pour les femmes, certaines ou la plupart, je ne sais pas. Il n’est pas question de différence de sexe, ni de quantification.
A vrai dire, je n’avais jamais imaginé une formulation aussi simple de ce que je croyais être un problème de phasage entre célibataires qui ont passé l’âge des premiers échecs de relations durables.

On bâtit ses relations sur les vestiges des précédentes.

On constate ce qui nous a fait plaisir et ce qui nous a fait souffrir chez l’autre, puis on en arrive à dire : ça je veux, ça je ne veux plus, ça j’accepte, ça je n’accepte plus. Ainsi, peu à peu, se dessine un portrait de ce qu’on pourrait appeler l’Autre Idéal, à un âge où justement on sait que cet idéal n’existe pas.
Il n’empêche.
On évalue, on jauge, on teste, on coche ses cases, on pose ses conditions.

Et si ce que je pensais être une perte de l’insouciance adolescente, une capitulation du « domaine de la lutte », et si ce phénomène de l’âge adulte était tout simplement une marque supplémentaire, ultime, d’un comportement consumériste?

En voulant être satisfait, comme on l’est par l’acquisition d’un juste achat, d’un produit de bon rapport qualité-prix, on ne peut plus aimer.

 

 

24.09.2008

Un homme demande à une femme...

 

-          Vous accepteriez de coucher avec moi pour 1 million d’euros ?

-          Hum… Oui.

-          Et pour 50 euros ?

-          Ca va pas, non ?! Vous me prenez pour une pute ?

-          Ca, c’est acquis. Maintenant, on discute du prix.

 

 

23.09.2008

Confession de l'Infidèle

« J’ai toujours aimé les femmes qui avaient un « grain » et celle-là, n’en avait pas qu’un. Le coup de foudre n’a pas été immédiat et à vrai dire, il n’y a jamais eu de coup de foudre. Mais bon, j’approche de la quarantaine et il serait temps que j’ai une femme rien qu’à moi. J’aime les femmes, j’aime leur sexe, j’aime les lécher, j’aime sentir leur cyprine et m’enfoncer dans leur vagin tout chaud. Je ne baise pas, je fais l’amour. C’est ce que j’aime.

 

Mais avec elle, ça ne marche pas. Pourtant, j’aime dormir avec elle. Pour la première fois, je me sens bien en dormant collé à une femme, nos corps parfaitement imbriqués, sans crampe, sans étouffer. Je me sens protégé et protecteur, je n’ai pas envie de m’éloigner pour chercher un coin de drap plus frais. Je me sens terriblement bien à ses côtés. Et pourtant, je n’arrive pas à la désirer, sexuellement. Impossible de bander. Sous ses caresses, ses mots doux, malgré sa compréhension et sa patience, malgré ses efforts, mon sexe reste désespérément mou. Je n’ai pas envie d’elle.

 

Ca doit être à cause de l’odeur.

 

Son hygiène corporelle est pourtant irréprochable, objectivement, elle ne sent pas mauvais. Elle fume beaucoup, mais je suis fumeur également, ça ne me dérange pas. D’ailleurs, je ne sais pas comment elle fait, avec tout ce qu’elle s’enfile comme tabac pour se tuer, elle ne pue pas de la gueule. Non, il s’agit d’une autre odeur qui l’entoure et qui me paralyse.

 

Elle a l’odeur de la dépression.

 

Ce n’est pas une découverte, elle m’avait prévenu. Quand on s’est rencontrés, elle m’avait dit : « je suis dépressive et alcoolique, mais je me soigne ». J’avais répondu : « soit, du moment que tu te soignes, ça ne me dérange pas ». In petto, j’avais rajouté « et du moment que tu m’emmerdes pas avec ta dépression, car les nanas névrosées, ça commence à bien faire, j’ai beau être psy dans la vie, j’ai pas envie d’être au boulot avec ma copine ». Et en effet, c’était vrai qu’elle se soignait. Elle faisait d’énormes efforts pour s’en sortir, des progrès fulgurants, auxquels j’ai assisté, impressionné par sa détermination.

 

Il n’empêche. Je n’arrive pas à bander pour elle, elle est vraiment trop glauque.

 

Au début, ça m’a excité son côté trash, mais ensuite, j’ai découvert avec quelle facilité, elle me perçait à jour. Et ça, c’est carrément angoissant. Je suis obligé de faire attention à tout ce que je dis sinon elle me sort des vérités que je n’ai pas envie d’entendre, alors que c’est moi le psy, bordel !

 

Heureusement, j’ai trouvé une solution pour la faire chier: je ne lui parle plus, je ne lui dis plus rien. Et ça marche ! Elle ne sait plus quoi penser. Elle pense que j’ai un problème de prostate et veut que j’aille voir un toubib, mais connasse ! c’est toi mon problème, c’est toi qui pues la mort !

 

D’un autre côté, j’ai pas envie de la larguer parce que son appart’ est bien pratique pour crécher quand je bosse à Paris. Et puis elle a accepté que j’aille coucher avec d’autres femmes pour voir si ça m’aiderait à bander. De toutes façons, elle est tellement paumée, qu’elle accepterait n’importe quoi, rien que pour me garder. J’étais assez fier de moi ce jour-là, c’est quand même fort d’obtenir ça, non ?

 

C’est vrai que ça fait des mois que je n’arrive même plus à me branler, elle a dû me contaminer avec toutes les horreurs qu’elle raconte.
Il faut quand même préciser qu’un jour, elle m’a offert un cadavre. C’est pas une blague !
Quelques temps avant, je lui avais offert un bouquin sur la dépression, pour l’aider et aussi un joli foulard avec des têtes de mort, je trouvais que ça lui correspondait bien, bref, je voulais lui faire plaisir, je suis un mec sympa. Et pour me remercier, un soir, quand j’arrive, elle me tend une boite avec un ruban. J’étais super content qu’elle me fasse un cadeau. J’ouvre la boite et là, j’ai failli tourner de l’œil : dedans, il y avait une souris morte depuis deux jours.
Putain le choc ! Et elle était pliée de rire, cette tarée !

 

Je crois que c’est peu de temps après que j’ai cessé de bander.

 

Bon, de toutes façons, c’est décidé, je la garde en attendant de trouver mieux. C’est con, quand même, parce que je me sens bien avec elle, elle n’est pas chiante, elle s’occupe de tout, mais une nana aussi glauque, c’est vraiment pas possible.

 

Sans parler de ses enfants ! Quelle plaie ! Déjà que j’ai horreur des enfants, mais alors les siens, ils sont aussi dégénérés que leur mère. Ca fera de bons clients pour plus tard.

 

Non, moi, ce que je veux, c’est une femme gaie, bien dans sa peau, marrante, avec de la lingerie en dentelle, sans enfants et sans désir d’enfants. Une femme sexy que je pourrais labourer lentement pendant des heures, une femme qui s’extasie à la lecture de mes poèmes érotiques, une femme qui aime me faire la cuisine et écouter de l’électro. Je veux une femme adulte, merde ! Je suis séduisant, drôle, intelligent, indépendant, il n’y a aucune raison que je ne trouve pas cette femme-là. »

 

* * *

 

Je me souviendrai encore longtemps avec quelle fierté et quel triomphe dans le regard, il m’a fait cette confession, le jour où j’ai découvert qu’il me trompait avec une ménopausée.

 

22.09.2008

Un peu de cinéphilie

-          C’est louche ton truc avec l’Insouciant.

-          Oui, ça l’est.

-          C’est quoi son problème ?

-          Attends, pourquoi faudrait-il qu’il ait un problème ?

-          Ben…

-          Tu penses qu’un mec « normal » ne peut pas s’intéresser à moi ?

-          C’est louche, c’est tout.

-          Sympa.

-          Il veut juste te baiser.

-          Pas besoin de se donner autant de mal pour me baiser.

-          C’est ça que je trouve louche.

-          C’est le premier mec que je rencontre à avoir lu King Kong Théorie et le Deuxième Sexe.

-           ???

-          Laisse tomber.

-          Et tes culottes, ça l’a pas dégoûté ?

-          Au contraire !

-          Je vois, il est pervers nécrophile.

-          Non, cinéphile.

-          La nuit des morts vivants ?

-          Tsss… La première fois où je me suis couchée en sa présence, j’étais pétée, il est resté mais il serait parti, j’aurais pas vu la différence, je me suis déshabillée, j’ai dormi.

-          Ce que j’aime chez toi, c’est ton côté fleur bleue…

-          Fuck ! Je ne voulais pas le séduire, je ne veux plus séduire. J’ai sommeil, je vais me coucher. Qu’il reste ou pas, à ce stade-là, j’en ai rien à foutre.

-          Charmante…

-          Bref, quelques jours plus tard, on parle cinoche et on en vient à parler d’Alien…

-          Un film d’horreur, j’étais pas loin…

-          Rien à voir ! Il me dit que Riley est une de ses héroïnes préférées et là, je lui dis que c’est justement à cause d’elle, de ce dernier plan où elle s’enferme dans la capsule, que je porte des culottes blanches en coton depuis vingt ans…

-          Arrête, je vais vomir !

-          Non mais, sérieux, c’est vrai ! Et tu sais ce qu’il me répond ?

-          Il ne répond rien, il part en courant.

-          Il me dit : « je sais, j’ai vu ta culotte blanche quand tu t’es couchée et je me suis dit : cette fille, c’est Riley ».

-         

-          Non mais t’y crois à ça ? J’ai jamais parlé de ça à personne et le mec comprend la portée philosophique, héroïque et militante de mes culottes alors que tous les autres n’y voient que de la négligence indécrottable !

-          Je reste sans voix…

-          J’en reviens toujours pas !

-          J’ai du mal, aussi.

-          Quand il m’a dit ça, j’ai craqué.

-          Ok, j’ai compris son problème : le mec est dérangé. Comme toi.

-          Non, il est cinéphile.

-          A ce stade, c’est presque pareil.

-          Tu sais quoi ? Tu devrais offrir Caligula à ta femme, ça la décoincera.

 

 

 

18.09.2008

L'Etrangère

La première fois, je ne l’avais pas prévenue et elle ne s’était aperçue de rien, pas même de mon absence. Je lui en avais parlé quelques mois plus tard et j’avais bien vu qu’elle ne comprenait pas, qu’elle n’y croyait pas, qu’elle s’imaginait encore une de mes lubies, j’en ai tellement et elle me connaît si peu.

 

Alors, la deuxième fois, je l’ai appelée, pour qu’elle voie où j’étais, où j’en étais.

 

Je l’attendais dans la cour, je m’étais mise légèrement en retrait pour observer son arrivée. Je l’ai vue sonner à l’interphone et franchir la première grille, puis je l’ai vue découvrir les lieux. La cour bouclée par les hauts barreaux, la pelouse pelée et souillée, les occupants, certains en tenue de ville d’autres en pyjama bleu. C’est à ça qu’on reconnaît ceux du rez-de-chaussée, libres d’aller et venir et ceux des étages fermés à clef, autorisés à fumer deux heures le matin, trois heures l’après-midi. Enfin, ceux du premier étage uniquement, les autres ne sortent pas. Plus on s’élève dans le bâtiment, moins on a accès au soleil. De toutes façons, on n’en a pas besoin, on n’a besoin de rien, les drogues suffisent à tout. Mais ça, elle ne le savait pas. Elle croyait à du laisser-aller, elle ne savait pas que le code vestimentaire est bien pratique pour être repéré, elle ne savait pas que le port du pyjama signifiait l’interdiction d’accès à tout effet personnel. Sauf les cigarettes et le briquet, qu’il faut demander quand on quitte l’étage vérouillé et rendre à son retour. Pour l’heure, elle n’imaginait rien de tout ça.

 

Quand elle est arrivée, j’ai vu ce que je voulais voir dans ses yeux.

 

J’ai vu sa panique quand elle a découvert cette faune étrange et sale, dont la folie irradiante se propage bien au-delà de leurs corps et forme des halos, des sphères d’un diamètre de plusieurs mètres qui s’entrechoquent pour n’en former qu’une, englobant toute la cour. J’ai vu son malaise et sa réticence à pénétrer dans cette atmosphère et respirer le même air que nous.

 

Je l’ai vue me chercher du regard, elle ne me trouvait pas, pourtant, je n’étais pas loin mais son cerveau tentant de se raccrocher à quelque normalité ne devait sélectionner que les occupants habillés. Je l’ai laissée se perdre quelques instants de plus en savourant son supplice puis, je me suis approchée d’elle en flottant dans mon pyjama bleu standard, taille XL, taille unique, retroussé à la ceinture, aux extrémités, et je l'ai surprise avec un grand sourire en lui disant: «Salut, m’man, ça va ? T’as trouvé facilement ?»

 

Ce jour-là, je crois qu’elle a compris quelque chose.

 

C’est important d’éduquer aussi ses parents…

 

 

17.09.2008

L'Insouciant

« - Mon dernier amant m'a sorti cette phrase lapidaire: "je pense que tu as vraiment des problèmes psychologiques".

- Je sais que tu as vraiment des problèmes psychologiques... n'empêche... embrasse moi.

- Je t'embrasse mais ce n'est pas un cadeau que je te fais.

- Hmmm...  je suis à même de décider ce qui me fait plaisir ... et à même de juger de la réalité en mes propres termes.

- Je n'ai pas trop les idées claires, tu en profites.

- Jamais... jamais un geste sans discerner dans ton regard... cette présence... même fugitive.

- Tu ne sais rien de moi.

- Oui, mais ça, je le sais. Je sais… le rien… qui commence avec le peu… et je sais le plaisir que j'ai à me souvenir de ce peu.

- Et pourrais-je te dire qui je suis réellement?

- Me le dire ou me dire autre chose ou pas tout ou inventer... mais si ce "pourrais-je" tient lieu de "aurais-je le droit" ou "m'inviterais-tu" ou "voudrais-tu".... je n'ai que des "oui" à déposer.

- Pas sûre que tu me trouves aussi "charmante" après... mon coeur est sec, je ne peux plus aimer.

- Pas sûr que je te trouve moins ...

- Je n’ai plus de désir, plus de plaisir, je baise avec un libertin à l'occasion, c'est pratique, sans sentiments, je suis sèche.

- Pas sûr que le charme que je te trouve tienne qu'à ça... pas sûr de rien... sauf peut-être qu'il te faudra te faire aussi une idée de moi pour savoir ce que je te trouverais… pas sûr que tout soit prévisible... pas sûr... mais sûr que... si c'est juste mon âme qui est en jeu, en admettant qu'elle soit jouable, je me tiens devant toi ... que tu auras des trésors de malédictions à trouver pour que je m'effraie de ce que je veux.

- Je suis effrayante.

- Et je ne suis pas effroyable... c'est un bon début.

- Tu me fais pleurer.

- Je les vois... il faut toujours quelqu'un qui voit qu'on pleure... c'est pour ça qu'on a inventé les larmes... pour pouvoir chercher alentour quelqu'un qui aurait les yeux brillants de les voir couler sur nos joues juste par osmose... juste par quelque chose qui n'existe… qu'à cette seconde précise et pour les suivantes aussi.

- …

- Next... je prononce rarement les prénoms... ça ne me vient pas... mais à chaque fois que j'ai dit le tien... il y avait comme un accompagnement dans ma tête mais il n'est pas besoin de ton prénom... pour s'accrocher à sa portée... c'est juste comme ça... un accord de notes dans un souffle qui me laisse surpris... et puis je hausse les épaules en me disant "ben c'est comme ça"... et je recommence pour que ça se reproduise.

- Je suis folle, Insouciant, ce n'est pas une posture, je suis vraiment folle et je suis destructrice. Il est préférable que je me tienne éloignée.

- Je ne suis pas destructible... si c'est la seule raison... ce n'est pas la bonne.

- Comme tu voudras.

- Oui, c’est ce que je veux. »

 

 

Comment résister à un homme qui vous dit ça ?

Mais aussi, comment le croire?

 

L’Insouciant est entré par effraction dans ma vie, un jeudi à 22h43.

15.09.2008

Le Pari de Pascal

« - Examinons donc ce point, et disons : "Dieu est, ou il n'est pas." Mais de quel côté pencherons-nous? La raison n'y peut rien déterminer: il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez défaire nul des deux.
Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix; car vous n'en savez rien.

 

­- Non ; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute: le juste est de ne point parier.

 

­- Oui, mais il faut parier; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre: le vrai et le bien, et deux choses à engager: votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir: l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas: si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter.

 

­- Cela est admirable. Oui, il faut gager; mais je gage peut-être trop.

 

­- Voyons. Puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez qu'à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager; mais s'il y en avait trois à gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer), et vous seriez imprudent ,lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu où d'une infinité de hasards il y en a un pour vous, s'il y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner. Mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti: partout où est l'infini, et où il n'y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n'y a point à balancer, il faut tout donner. »

 

In Fragment 233 (Infini - rien)

 

Voilà pourquoi j’ai joué, pourquoi j’ai toujours parié sur l’existence de l’Amour comme Pascal le fait pour l’existence de Dieu, car il y a une «infinité de vie infiniment heureuse à gagner », un gain infini qui compense toutes les pertes.

 

Dans un monde sans Dieu, j’y ai cru à ce foutu Pari.

 

On devrait interdire le visionnage des Contes d’Hiver aux adolescentes (heureusement, celles d’aujourd’hui ne connaissent pas Rohmer).

 

Après vingt ans de mysticisme amoureux, je ne parie plus, je ne joue plus.
 
C’est ce moment précis, ce moment où je ne crois plus, où je ne veux plus, c'est ce moment que l’Insouciant a choisi pour me proposer une nouvelle partie.

 

 

 

 

13.09.2008

Gamblers

Deux séducteurs, deux crânes rasés, deux tatoués, deux esprits vifs et brillants, deux amants parfaits.
Le même âge à deux mois près, les mêmes morceaux d’AC/DC en play-list, ça me fait craquer. Le même stock conséquent de préservatifs et de lubrifiant à portée de regard à côté du lit, le même miroir au pied. La même réserve de brosses à dents neuves pour les invitées, ainsi qu’une serviette de toilette et un peignoir propres à disposition. Des cotons, du démaquillant. Les deux séducteurs sont très prévoyants. Sans enfants, célibataires forcés mais pas forcenés, ils ont beaucoup vu, connaissent parfaitement les femmes et errent de plans culs en aventures, dans l’espoir de rencontrer enfin, celle qui sera digne de partager leur vie.

C’était assez troublant, à quelques semaines d’intervalle, de passer une nuit chez deux hommes aussi comparables et pourtant tellement différents.

Alors que le premier étalait ses expériences et se vantait d’avoir même du produit à lentilles pour les plus étourdies, le second n’a strictement rien dit en sortant une nouvelle brosse à dents du blister, alors que la sienne est électrique.
Le premier voulait m’impressionner, le second savait que je savais.
Le premier m’a fait passer un véritable entretien de débauche à l’embauche (ou l’inverse), le second ne m’a posé aucune question personnelle.
Le Séducteur croyait que j’étais une maman qui aime se faire peur en jouant la putain, l’Insouciant a compris sans un mot que j’étais une joueuse invétérée et ruinée.
Pour ça, il m’a respectée.
Entre joueurs, on se reconnaît.
Ensuite, j’ai pu lui parler.
Enfin, c’est surtout lui qui a parlé.

 

12.09.2008

Un Ex qui vous veut du bien

-          J’ai pensé à toi, aujourd’hui.

-          Ca, c’est gentil.

-          J’ai reçu un lot de culottes au boulot et je me suis dit, ça, c’est pour Next !

-          Heu…Tu penses à moi quand tu reçois des culottes ?

-          Ben, celles-là, je vois pas à qui d’autre je pourrais les offrir.

-          Ca veut dire qu’elles sont moches ?

-          Non, justement, elles sont tout en coton, comme tu aimes ET elles ne sont pas moches, c’est dingue, non?

-          Ouais, faut voir.

-          Au moins pour remplacer celles qui sont trouées.

-          Oui, bon, ça va, on va pas s’étaler sur mes culottes.

-          Je passe te les porter demain, tu n’as besoin de rien d’autre ?

-          Non, c’est bon, merci.

-          Dans ce cas, j’apporte aussi à manger et je jetterai les trucs périmés.

-          Pas la peine, je vois le Biologiste ce soir. Toi, c’est les culottes, lui c’est mon frigo qui le fascine.

-          C’est cool.

-          Tu sais, ça me fait super plaisir que tu m’apportes des culottes, mais si un jour tu reçois de la crème anti-rides, s’il te plaît, évite de penser à moi.

-          Tu préfères la crème dépilatoire ?

 

 

 

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