01.09.2008
L'être au Séducteur
Cher meetic-boy,
Ces quelques lignes pour te remercier d’avoir été le dernier. La dernière rencontre d’un long périple virtuel, commencé deux ans plus tôt, à travers les blogs et meetic. Il est temps pour l’auteur de conclure l’histoire en flinguant tous les personnages. La maman, la putain, mais aussi Brünhild, Madame de Merteuil, Esther, Camille, Maria Vargas, etc.
« La Toile substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs ».
J’avais totalement oublié cette citation d’André Bazin où il était question, à l’époque, de cinéma, mais elle convient parfaitement au virtuel, à ceci-près que nous sommes les héros de la représentation. Et là, ça devient franchement pitoyable. Entre le désir de plaire, celui d’exister et la multitude de possibilités offerte dans ces supermarchés qui font leur chiffre sur la solitude et l’individualisme, je vais vomir et je reviens.
Tu es mon séducteur, l’incarnation parfaite de l’impossibilité endogène du système. Dans la représentation (tu m’as donné à voir un personnage) et la quantité infinie de choix qui s’offrent à toi (tu m’as épiée, testée, observée, comparée). Et tout cela est bien normal, ce sont les règles du jeu auquel, d’ailleurs, je me suis prêtée par facilité et complaisance, par habitude aussi et réciprocité.
Mais cette nuit-là, ça a déclenché chez moi une putain de crise d’angoisse et un malaise encore persistant aujourd’hui.
Qu’est-ce que je fous dans les rayons du supermarché ? Qu’est-ce que je fous à lire au kilomètre ces clones de Bridget Jones&John dont l’humour et le talent ne parviennent pas à masquer la misère existentielle ?
Alors oui, tu m’as fait sérieusement paniquer. Tu m’as aussi confortée définitivement dans l’idée que toutes les rencontres issues du virtuel sont faussées et par-là même, forcément artificielles, des fictions dont nous sommes les héros. Je sais que tu n’en es pas encore convaincu. Par manque de lucidité ou par insatiabilité ou à cause d’autres choses moins évidentes et plus sombres, peu importe.
Parce que tu m’as plu, beaucoup, j’ai imaginé nos rencontres suivantes et nos occupations entre-temps. Je me suis vue attendre que tu m’appelles entre deux chasses, baiser avec nos amants et amantes respectifs dans l’intervalle, j’ai lu les tchats que nous n’avons pas encore eus et là, j’ai cessé d’imaginer car j’ai su que c’était perdu et que je chercherais à te plaire pour sortir du lot. Sortir du lot, attirer l’attention, être la meilleure offre du marché. Et ça, il n’en est plus question. Je me suis perdue dans la séduction à tel point que je ne sais plus qui est le narrateur et qui sont les personnages. On a l’impression de vivre, mais c’est parce qu’on est déjà morts. Trop d’histoires, trop d’illusions perdues, trop d’expériences extrêmes, trop de paradis artificiels, trop. Le résultat est systématiquement bien petit et médiocre, sans même la beauté de la boue ou des égouts (des dégoûts), juste du rien. Et tout ça parce qu’on cherche encore à retrouver cette minuscule étincelle et l’insouciance de notre adolescence. Ca fait un peu pitié, quoi qu’on en dise et quoi qu’on espère d’une bonne surprise qui n’arrivera jamais, du moins, pas par ce biais, pas par la quantité. Que des mensonges.
Les choses seraient différentes si nous n’avions pas, l’un comme l’autre, toutes ces offres, tous ces produits de consommation à notre disposition (soyons honnêtes). A se demander si meetic et la blogosphère ne vont pas finir par me faire basculer à gauche, option décroissance. Avant d’en arriver à cette extrémité, je préfère me retirer du marché virtuel, pour cette raison, tu es le dernier, l’événement déclencheur et je tenais à t’en remercier. Toi qui aimes être exceptionnel et inspirant, te voici flatté. A moins que ce ne soit à cause de la drogue, va savoir. Quoi qu’il en soit, mes remerciements sont sincères car tu n’es pas étranger à l’affaire.
Je n’ose plus te dire « à bientôt », je ne sais pas, cela me ferait très plaisir, mais je ne sais pas. Je crains que tu ne réactives un de mes personnages et franchement, ils me fatiguent. Sans compter ceux qui sont dangereux. Sans parler des tiens. Je pense ne jamais plus pouvoir être naturelle avec toi, ni avec qui que ce soit rencontré sur le Net et ça, c’est bien dommage. C’est à cause de l’empreinte de la rencontre. L’empreinte du virtuel est merdique. Le jeu de la séduction, tout autant. Et tous ces rituels, ces passages obligés m’emmerdent, il n’y a plus aucune spontanéité.
Il n’y a plus de vie, que des apparences.
21:59 Publié dans Correspondance | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : meetic, séduction, virtuel



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